mercredi 27 juillet 2011

La vie d'Albert Camus



1913 : Naissance, le 7 novembre, d'Albert Camus à Mondovi, petit village du Constantinois, près de Bône (Algérie).
1914 : Camus ne connaîtra pas son père, ouvrier caviste : Lucien Camus, mobilisé et blessé à la bataille de la Marne en septembre 1914, meurt à l'hôpital militaire de Saint-Brieuc à l'âge de 28 ans : de son père, il ne connaîtra qu'une photographie, et une anecdote significative : son dégoût devant le spectacle d'une exécution capitale. Albert Camus, élevé par sa mère mais surtout par une grand-mère autoritaire, et par un oncle boucher, lecteur de Gide, « apprend la misère » dans le quartier populaire de Belcourt, à Alger où ils ont émigrés : « La misère m'empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l'histoire ; le soleil m'apprit que l'histoire n'est pas tout. » Sa mère, Catherine Sintès, d'origine espagnole, fait des ménages pour nourrir ses deux fils, Lucien et Albert. Camus éprouve pour pour elle une affection sans bornes, mais il n'y aura jamais de véritable communication entre l'enfant et cette mère exténuée par le travail, à demi-sourde et presque analphabète. À sa mère qui parlait peu et difficilement, « qui ne savait même pas lire », le lie « toute sa sensibilité » ; on peut penser qu'une partie de l'œuvre s'est édifiée pour tenter d'équilibrer cette absence et ce silence, ou de leur répondre.



1923/1924 : A l'école communale, au CM2, un instituteur, Louis Germain (Le discours de Suède (1957), lors de la remise du prix Nobel de littérature, sera dédié à l'instituteur grâce à qui il put poursuivre des études.), distingue l'enfant, conscient des facultés intellectuelles de l'enfant, il le fait travailler bénévolement après les heures de classe, et convainc sa famille de présenter le jeune écolier au concours des bourses qui allait lui permettre d'aller au lycée. Reçu, Camus entre au lycée Bugeaud d'Alger en 1924.


Les années de formation

Camus est un adolescent heureux de vivre, sensuel, amoureux de la mer et des paysages algériens. Excellent nageur, c'est pourtant le football qui a sa préférence.


1928 : il entre au Racing Universitaire d'Alger
1929 : Camus lit Gide1930 : Il passe son baccalauréat. Premières atteintes de la tuberculose, maladie qui lui fait brutalement prendre conscience de l'injustice faite à l'homme ( la mort est le plus grand scandale de la création ) et qui aiguise son appétit de vivre dans le seul monde qui nous soit donné : dès sa première manifestation, la maladie lui apprend qu'il est seul, et mortel.1931 : A la khâgne ( = Classe préparatoire à l'Ecole normale supérieure) d'Alger, il rencontre le professeur et philosophe Jean Grenier qui a une influence déterminante sur sa formation.1932 : Premiers essais, premiers écrits publiés dans la revue Sud.1933 : Étude de philosophie à la faculté d'Alger. Milite contre le fascisme.1934 : Mariage en juin avec Simone Hié. Ils se sépareront deux ans plus tard. Adhésion au parti communiste.1936 : Camus ayant achevée sa licence de philosophie, il prépare son diplôme d'études supérieures sur « les rapports du néoplatonisme et de la métaphysique chrétienne ».1937 : Les premières atteintes d'une tuberculose, qui le contraindra à de fréquents repos en cure, lui ferment l'accès à l'agrégation (il est rejeté deux fois à l'examen médical) et du professorat auquel il se destinait. Il doit rompre avec le parti communiste qui le somme de réviser ses convictions, favorables aux revendications musulmanes.

Journalisme et Résistance



1938/1940 : Camus, qui revendique son statut d'intellectuel, mais qui se veut également en prise directe avec le réel, trouve dans le journalisme un autre mode d'action et d'expression qui lui convient ; Camus fonde, avec Pascal Pia qui en est l'instigateur, le journal Alger républicain qui aussitôt tranche avec le silence complice des autres quotidiens. Camus fait scandale par ses prises de position contre l'oppression coloniale, contre une tutelle qui maintient dans la misère et l'asservissement du peuple musulman, il publie, dans les colonnes d'Alger républicain , puis de Soir républicain, organe du Front populaire, plus de cent articles : politique locale ou nationale, chroniques judiciaires et littéraires, reportages, dont l'important « Misère de la Kabylie ». 
1940 : Camus quitte l'Algérie pour la France avec sa seconde femme ; mis à part un long séjour l'année suivante, il n'y reviendra plus que de loin en loin, mais les images lumineuses qu'il garde de sa terre natale continueront de vivre en lui, comme le montre L'Été (1954). Là, il est engagé au journal Paris-Soir en tant que secrétaire qu'il suit Clermont-Ferrand après l'armistice, puis à Lyon.1941 : Entre dans la Résistance à l'intérieur du réseau Combat où il sera chargé de missions de renseignements. Il sera l'âme de ce journal clandestin dont il assume la direction jusqu'en 1947.août 1944 : Camus devient le rédacteur en chef du journal Combat. Les articles très remarqués qu'il publie désormais seront rassemblés sous le titre d'Actuelles (1950 et 1953).1945 : Camus dénonce la paix revenue, la sauvagerie de la justice sommaire d'après-guerre (à l'encontre des ex-collaborateurs) et les massacres de Sétif.1947 : Il dénonce les massacres de Madagascar : « nous faisons dans ces cas-là ce que nous avons reproché aux Allemands de faire ». La cessation des activités journalistiques ne marque pas, loin s'en faut, la fin de l'engagement. Camus a toujours fait entendre sa voix et pris position dans l'Histoire, inlassablement lutté pour la justice et la défense de la dignité humaine :1949 : appel en faveur des communistes grecs condamnés à mort1952 : démission de l'Unesco, qui admet en son sein l'Espagne franquiste Mai 1955-février 1956 : Camus écrit dans L'express des chroniques où il traite de la crise algérienne ( ces « papiers » seront réunis plus tard et publiés sous le titre d'Actuelles III ).1956 : Protestation contre la répression soviétique en Hongrie.22 janvier : Camus lance un appel pour une trêve civile en Algérie. Appel qui ne rencontre aucun écho. De part et d'autre, les positions se durcissent, les actes de terrorisme se multiplient, le conflit se généralise. Camus invite les intellectuels à protester à l'O.N.U.

Un écrivain humaniste

1936/1939 - Fondateur et directeur de troupe (Camus a fondé le Théâtre du Travail en 1936, afin de mettre les œuvres dramatiques classiques et contemporaines à la portée du public défavorisé, qui deviendra le Théâtre de l'Equipe en 1937), acteur, metteur en scène, adaptateur, Camus est un homme de théâtre au sens plein ; son goût passionné du théâtre, dans ce qu'il a de plus concret, rejoint celui de la fête collective, où l'être peut dépasser sa solitude et forme une des constantes de sa vie et de son œuvre, attestée par ses créations originales, et ses magistrales adaptations, comme Le temps du mépris de Malraux, le Prométhée d'Eschyle, Les bas-fonds de Gorki, Le retour de l'enfant prodigue de Gide, Les frères Karamazov de Dostoïevski, mise en scène en 1938, dans l'adaptation de Copeau, etc. Rédaction collective d'une pièce militante, Révolte dans les Asturies. Tournées en Algérie.



1937 : L'apprentissage du réel se fait avec difficulté, comme le prouvent ses tout premiers écrits consacrés au « quartier pauvre » – dont certains ont été publiés de manière posthume – mais aussi avec la « joie profonde » d'écrire. Les récits mi-autobiographiques, mi-symboliques de L'Envers et l'Endroit disent qu'« amour de vivre » et « désespoir de vivre » sont inséparables, que tout notre « royaume est de ce monde », affirment la pleine conscience de la solitude de l'homme, le tragique de son face-à-face avec la nature, et la volonté de « tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort ». Camus livre quelques clés essentielles de son univers. L'Envers et l'Endroit est une série d'essais littéraires variés où apparaissent déjà les grands thèmes de sa maturité : la mort, le soleil, la Méditerranée, l'isolement, le destin de l'homme, le rapprochement entre désespoir et bonheur, etc.
Élaboration de son premier roman, La mort heureuse (1936 - 1939), roman resté inédit jusqu'en 1971, qui en revanche, est un échec, ou une erreur ; en dépit de fragments réussis, dontL'Étranger se souviendra, le roman manque de la nécessité interne que connaîtra toute l'œuvre à venir. Son héros, modèle d'égotisme, figure très nietzschéenne, est bien éloigné de toute préoccupation historique. 1939 : Publication des Noces (essai) : Plus lyriques, les essais de Noces orchestrent ces thèmes qu'ils inscrivent avec bonheur dans les paysages méditerranéens ; ils chantent la « gloire d'aimer sans mesure », la contemplation exaltée du monde, la vérité du soleil, de la mer, de la mort. La présence d'une subjectivité vivante, d'un « je » qui décrit ou médite, évite toute abstraction, et ouvre la voie aux personnages-narrateurs des romans, et au « je » des textes philosophiques.1940 : Travaille aux « trois Absurdes » : L'étranger ( un roman ), Le mythe de Sisyphe ( un essai ) et Caligula ( une pièce de théâtre ). Le « cycle » est achevé le 21 février 1941. Remariage avec Francine Faure qui lui donnera deux enfants, Catherine et Jean.1942 : Publication de L'étranger ( 15 juin ) et du Mythe de Sisyphe ( 16 octobre ) qui salue la naissance d'un grand écrivain.



1943 : Rencontre avec Sartre. Camus devient lecteur chez Gallimard. Publication clandestine des premières Lettres à un ami allemand. Première version de La Peste.
1944 : Le Malentendu (théâtre)1945 : Première représentation de Caligula avec Gérard Philipe.1946 : Voyage aux Etats-Unis1947 : Publication de La peste ( 10 juin ), roman qui rencontre immédiatement un grand succès auprès du public et qui reçoit le prix des Critiques.1948 : Première représentation de L'Etat de Siège



Décembre 1949 : première représentation des Justes au théâtre Hébertot.
1950 : Publications de Actuelles I et de Le Minotaure ou la halte d'Oran.1951 : Publication de L'homme révolté essai qui suscitera de violentes polémiques et entraînera, en 1952, la rupture de Camus avec la gauche communiste, avec Sartre et sa revue, Les temps modernes. Sartre reprochait à Camus son anticommunisme et sa soumission aux valeurs bourgeoises.1953 : Camus revient au théâtre, passion qui dominera toutes les dernières années de sa vie . Il traduit et adapte Les esprits (comédie de Pierre de Larivey) , La dévotion à la croix (de Pedro Calderon) qu'il présente au festival d'Angers (juin). En octobre, projetant de mettre en scène Les possédés, il travaille à l'adaptation du grand roman de Dostoïevski. Publication deActuelles II.1954 : Printemps : publication de L'été (essai).4,5,6 octobre : court voyage aux Pays-Bas, unique séjour de Camus dans ce pays qui sert de cadre à La chute. Camus demeura deux jours à Amsterdam ; à la Haye, il visita le célèbre musée Mauritshuis, où il admira plus particulièrement les Rembrandt. Premier novembre : le FLN ( le Front de libération nationale ) algérien passe à l'attaque ( meurtre de civils arabes et français). Début de la guerre d'Algérie qui fut pour Camus « un malheur personnel ».1955 : Mars : représentation d'Un cas intéressant ( adaptation d'une pièce de Dino Buzzati ) au théâtre La Bruyère.Avril : premier voyage de Camus en Grèce, lumineux berceau de la civilisation méditerranéenne, terre de « la pensée de midi » (conclusion deL'homme révolté ).1956 : Mai : publication de La chute : roman insolite qui prend la forme d'un monologue dramatique, est directement inspirée par ce climat d'incompréhension et d'accusation. Mais au-delà de l'ironie et des sarcasmes de Jean-Baptiste Clamence, ce « prophète vide pour temps médiocres », cet « homme de notre temps » au « lyrisme cellulaire », qui exerce les étranges fonctions de « juge-pénitent », et, par l'aveu de sa culpabilité, veut entraîner son interlocuteur muet – ou son lecteur – à sa propre confession, Camus exprime une fois encore sa nostalgie de l'innocence et de la communion entre les êtres, dans un monde où chacun rêve de pouvoir, et où « le dialogue » a été « remplacé par le communiqué ». Cet avocat se dit coupable mais amène aussi les autres à reconnaître qu'ils sont coupables.22 septembre : première représentation triomphale de Requiem pour une nonne, adaptation de l'œuvre de Faulkner.
1957 : L'exil et le royaume. (nouvelles)
Réflexions sur la peine capitale ( vibrant plaidoyer contre la violence « légale », contre la peine de mort ) en collaboration avec Arthur Koestler.
Représentation du Chevalier d'Olmedo ( adaptation de la pièce de Lope de Vega ) au festival d'Angers ( juin ).

Camus et ses enfants : Catherine et Jean, en juin 1957,
au festival d'Angers pour la représentation duChevalier d'Olmedo.
10 décembre : Camus obtient le prix Nobel de littérature « pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ».
Décembre 1957, Stockholm : 
Réception de Camus à la maison des Bonnier (the Bonnier House), « Manilla » , à DjurgÉrden.
De gauche à droite : Michel Gallimard, Mme Jytte Bonnier, Camus, l'éditeur danois Otto Lindhardt.


1958 : Dépression. Parution de Discours de Suède et d'Actuelles III. Achète une maison à Lourmarin dans le Lubéron.
1959 : Représentation des Possédés de Dostoïevsky. Camus entreprend de nombreuses démarches pour donner corps à un vieux rêve : fonder sa propre compagnie théâtrale.
4 janvier 1960 : mort d'Albert Camus dans un accident de voiture près de Sens, au lieu-dit « Le Grand Frossard » en Montereau, dans l'automobile de Michel Gallimard, en pleine gloire, alors qu'il travaillait à un autre roman à caractère autobiographique, le Premier Homme (posthume, 1994)




1962 / 1964 : Carnets (posthume).
1971 : La Mort heureuse (première version de L'étranger ; posthume).
La carrière de Camus est donc celle d'un psychologue et d'un moraliste. Dans son exigence de probité, avec une réserve et une sobriété toutes classiques, il accorde la première place aux idées et refuse de sacrifier à la magie du style. Pourtant ce serait une erreur de méconnaître la variété et l'exacte appropriation de son art d'écrivain. Sans doute a-t-il su nous imposer dans L'étranger et La Peste ce style neutre, impersonnel, tout en notations sèches et monotones, qui est devenu inséparable du climat de l'absurde ; mais on découvre aisément dans son œuvre des résurgences de l'aptitude poétique à traduire les sensations dans leur pleine saveur qui triomphait dans Noces (1938), un des premiers essais où avant l'amère découverte de l'absurde, le jeune Camus célébrait avec fougue ses « noces avec le monde » . Et l'on sera sensible à l'ironie et à l'humour qui jettent çà et là de discrètes lueurs, avant de briller de tout leur éclat dans La Chute (1956), œuvre étrange et séduisante dont la verve et le rythme capricieux font songer à la « satire » du Neveu de Rameau.


lundi 25 juillet 2011

Julio Cortazar Rayuela

Así habían empezado a andar por un París fabuloso, dejándose llevar por los
signos de la noche, acatando itinerarios nacidos de una frase de clochard, de una
bohardilla iluminada en el fondo de una calle negra, deteniéndose en las placitas
confidenciales para besarse en los bancos o mirar las rayuelas, los ritos infantiles
del guijarro y el salto sobre un pie para entrar en el Cielo. La Maga hablaba de
sus amigas de Montevideo, de años de infancia, de un tal Ledesma, de su padre.
Oliveira escuchaba sin ganas, lamentando un poco no poder interesarse;
Montevideo era lo mismo que Buenos Aires y él necesitaba consolidar una
ruptura precaria (¿qué estaría haciendo Traveler, ese gran vago, en qué líos
majestuosos se habría metido desde su partida? Y la pobre boba de Gekrepten, y
los cafés del centro), por eso escuchaba displicente y hacía dibujos en el
pedregullo con una ramita mientras la Maga explicaba por qué Chempe y
Graciela eran buenas chicas, y cuánto le había dolido que Luciana no fuera a
despedirla al barco, Luciana era una snob, eso no lo podía aguantar en nadie.
—¿Qué entendés por snob? —preguntó Oliveira, más interesado.
—Bueno —dijo la Maga, agachando la cabeza con el aire de quien presiente
que va a decir una burrada— yo me vine en tercera clase, pero creo que si
hubiera venido en segunda Luciana hubiera ido a despedirme.
—La mejor definición que he oído nunca —dijo Oliveira.
—Y además estaba Rocamadour —dijo la Maga.
Así fue como Oliveira se enteró de la existencia de Rocamadour, que en
Montevideo se llamaba modestamente Carlos Francisco. La Maga no parecía
dispuesta a proporcionar demasiados detalles sobre la génesis de Rocamadour,
aparte de que se había negado a un aborto y ahora empezaba a lamentarlo.
—Pero en el fondo no lo lamento, el problema es cómo voy a vivir, Madame
Irène me cobra mucho, tengo que tomar lecciones de canto, todo eso cuesta.
La Maga no sabía demasiado bien por qué había venido a París, y Oliveira se
fue dando cuenta de que con una ligera confusión en materia de pasajes,
agencias de turismo y visados, lo mismo hubiera podido recalar en Singapur que
en Ciudad del Cabo; lo único importante era haber salido de Montevideo,
ponerse frente a frente con eso que ella llamaba modestamente «la vida». La gran
ventaja de París era que sabía bastante francés (more Pitman) y que se podían ver
los mejores cuadros, las mejores películas, la Kultur en sus formas más preclaras.
A Oliveira lo enternecía este panorama (aunque Rocamadour había sido un
sosegate bastante desagradable, no sabía por qué), y pensaba en algunas de sus
brillantes amigas de Buenos Aires, incapaces de ir más allá de Mar del Plata a
pesar de tantas metafísicas ansiedades de experiencia planetaria. Esta mocosa,
con un hijo en los brazos para colmo, se metía en una tercera de barco y se
largaba a estudiar canto a París sin un vintén en el bolsillo. Por si fuera poco ya le
daba lecciones sobre la manera de mirar y de ver; lecciones que ella no
sospechaba, solamente su manera de pararse de golpe en la calle para espiar un
zaguán donde no había nada, pero más allá un vislumbre verde, un resplandor,
y entonces colarse furtivamente para que la portera no se enojara, asomarse al
gran patio con a veces una vieja estatua o un brocal con hiedra, o nada,
solamente el gastado pavimento de redondos adoquines, verdín en las paredes,
una muestra de relojero, un viejito tomando sombra en un rincón, y los gatos,
siempre inevitablemente los minouche morrongos miaumiau kitten kat chat cat
gatoo grises y blancos y negros y de albañal, dueños del tiempo y de las baldosas
tibias, invariables amigos de la Maga que sabía hacerles cosquillas en la barriga y
les hablaba un lenguaje entre tonto y misterioso, con citas a plazo fijo, consejos y
advertencias. De golpe Oliveira se extrañaba andando con la Maga, de nada le
servía irritarse porque a la Maga se le volcaban casi siempre los vasos de cerveza
o sacaba el pie de debajo de una mesa justo para que el mozo tropezara y se
pusiera a maldecir; era feliz a pesar de estar todo el tiempo exasperado por esa
manera de no hacer las cosas como hay que hacerlas, de ignorar resueltamente
las grandes cifras de la cuenta y quedarse en cambio arrobada delante de la cola
de un modesto 3, o parada en medio de la calle (el Renault negro frenaba a dos
metros y el conductor sacaba la cabeza y puteaba con el acento de Picardía),
parada como si tal cosa para mirar desde el medio de la calle una vista del
Panteón a lo lejos, siempre mucho mejor que la vista que se tenía desde la
vereda. Y cosas por el estilo.
Oliveira ya conocía a Perico y a Ronald. La Maga le presentó a Etienne y
Etienne les hizo conocer a Gregorovius; el Club de la Serpiente se fue formando
en las noches de Saint-Germain-des-Prés. Todo el mundo aceptaba en seguida a
la Maga como una presencia inevitable y natural, aunque se irritaran por tener
que explicarle casi todo lo que se estaba hablando, o porque ella hacía volar un
cuarto kilo de papas fritas por el aire simplemente porque era incapaz de
manejar decentemente un tenedor y las papas fritas acababan casi siempre en el
pelo de los tipos de la otra mesa, y había que disculparse o decirle a la Maga que
era una inconsciente. Dentro del grupo la Maga funcionaba muy mal, Oliveira se
daba cuenta de que prefería ver por separado a todos los del Club, irse por la
calle con Etienne o con Babs, meterlos en su mundo sin pretender nunca meterlos
en su mundo pero metiéndolos porque era gente que no estaba esperando otra
cosa que salirse del recorrido ordinario de los autobuses y de la historia, y así de
una manera o de otra todos los del Club le estaban agradecidos a la Maga
aunque la cubrieran de insultos a la menor ocasión. Etienne, seguro de sí mismo

como un perro o un buzón, se quedaba lívido cuando la Maga le soltaba una de
las suyas delante de su último cuadro, y hasta Perico Romero condescendía a
admitir que-para-ser-hembra-la-Maga-se-las-traía. Durante semanas o meses (la
cuenta de los días le resultaba difícil a Oliveira, feliz, ergo sin futuro) anduvieron
y anduvieron por París mirando cosas, dejando que ocurriera lo que tenía que
ocurrir, queriéndose y peleándose y todo esto al margen de las noticias de los
diarios, de las obligaciones de familia y de cualquier forma de gravamen fiscal o
moral.
Toc, toc.
—Despertémonos —decía Oliveira alguna que otra vez.
—Para qué —contestaba la Maga, mirando correr las péniches desde el Pont
Neuf—. Toc, toc, tenés un pajarito en la cabeza. Toc, toc, te picotea todo el
tiempo, quiere que le des de comer comida argentina. Toc, toc.
—Está bien —rezongaba Oliveira—. No me confundás con Rocamadour.
Vamos a acabar hablándole en glíglico al almacenero o a la portera, se va a armar
un lío espantoso. Mirá ese tipo que anda siguiendo a la negrita.
—A ella la conozco, trabaja en un café de la rue de Provence. Le gustan las
mujeres, el pobre tipo está sonado.
—¿Se tiró un lance con vos, la negrita?
—Por supuesto. Pero lo mismo nos hicimos amigas, le regalé mi rouge y ella
me dio un librito de un tal Retef, no... esperá, Retif...
—Ya entiendo, ya. ¿De verdad no te acostaste con ella? Debe ser curioso para
una mujer como vos.
—¿Vos te acostaste con un hombre, Horacio?
—Claro. La experiencia, entendés.
La Maga lo miraba de reojo, sospechando que le tomaba el pelo, que todo
venía porque estaba rabioso a causa del pajarito en la cabeza toc, toc, del pajarito
que le pedía comida argentina. Entonces se tiraba contra él con gran sorpresa de
un matrimonio que paseaba por la rue Saint-Sulpice, lo despeinaba riendo,
Oliveira tenía que sujetarle los brazos, empezaban a reírse, el matrimonio los
miraba y el hombre se animaba apenas a sonreír, su mujer estaba demasiado
escandalizada por esa conducta.
—Tenés razón —acababa confesando Oliveira—. Soy un incurable, che.
Hablar de despertarse cuando por fin se está tan bien así dormido.
Se paraban delante de una vidriera para leer los títulos de los libros. La Maga
se ponía a preguntar, guiándose por los colores y las formas. Había que situarle a
Flaubert, decirle que Montesquieu, explicarle cómo Raymond Radiguet,
informarla sobre cuándo Théophile Gautier. La Maga escuchaba, dibujando con
el dedo en la vidriera. «Un pajarito en la cabeza, quiere que le des de comer
comida argentina», pensaba Oliveira, oyéndose hablar. «Pobre de mí, madre
mía.»

—¿Pero no te das cuenta que así no se aprende nada? —acababa por decirle—.
Vos pretendés cultivarte en la calle, querida, no puede ser. Para eso abonate al
Reader’s Digest.
—Oh, no, esa porquería.
Un pajarito en la cabeza, se decía Oliveira. No ella, sino él. ¿Pero qué tenía ella
en la cabeza? Aire o gofio, algo poco receptivo. No era en la cabeza donde tenía
el centro. «Cierra los ojos y da en el blanco», pensaba Oliveira. «Exactamente el
sistema Zen de tirar al arco. Pero da en el blanco simplemente porque no sabe
que ése es el sistema. Yo en cambio... Toc toc. Y así vamos.»
Cuando la Maga preguntaba por cuestiones como la filosofía Zen (eran cosas
que podían ocurrir en el Club, donde se hablaba siempre de nostalgias, de
sapiencias tan lejanas como para que se las creyera fundamentales, de anversos
de medallas, del otro lado de la luna siempre), Gregorovius se esforzaba por
explicarle los rudimentos de la metafísica mientras Oliveira sorbía su pernod y
los miraba gozándolos. Era insensato querer explicarle algo a la Maga.
Fauconnier tenía razón, para gentes como ella el misterio empezaba
precisamente con la explicación. La Maga oía hablar de inmanencia y
trascendencia y abría unos ojos preciosos que le cortaban la metafísica a
Gregorovius. Al final llegaba a convencerse de que había comprendido el Zen, y
suspiraba fatigada. Solamente Oliveira se daba cuenta de que la Maga se
asomaba a cada rato a esas grandes terrazas sin tiempo que todos ellos buscaban
dialécticamente.
—No aprendas datos idiotas —le aconsejaba—. Por qué te vas a poner
anteojos si no los necesitas.
La Maga desconfiaba un poco. Admiraba terriblemente a Oliveira y a Etienne,
capaces de discutir tres horas sin parar. En torno a Etienne y Oliveira había como
un círculo de tiza, ella quería entrar en el círculo, comprender por qué el
principio de indeterminación era tan importante en la literatura, por qué Morelli,
del que tanto hablaban, al que tanto admiraban, pretendía hacer de su libro una
bola de cristal donde el micro y el macrocosmo se unieran en una visión
aniquilante.
—Imposible explicarte —decía Etienne—. Esto es el Meccano número 7 y vos
apenas estás en el 2.
La Maga se quedaba triste, juntaba una hojita al borde de la vereda y hablaba
con ella un rato, se la paseaba por la palma de la mano, la acostaba de espaldas o
boca abajo, la peinaba, terminaba por quitarle la pulpa y dejar al descubierto las
nervaduras, un delicado fantasma verde se iba dibujando contra su piel. Etienne
se la arrebataba con un movimiento brusco y la ponía contra la luz. Por cosas así
la admiraban, un poco avergonzados de haber sido tan brutos con ella, y la Maga
aprovechaba para pedir otro medio litro y si era posible algunas papas fritas.
Rayuela
© 1968, julio Cortázar y Herederos de Julio Cortázar
© De esta edición:
1995, Aguilar, Altea, Taurus, Alfaguara S.A.
Beazley 3860 - 1437 Buenos Aires

vendredi 22 juillet 2011

Les Misérables Victor Hugo

Les Misérables

Contexte historique

Victor Hugo a commencé Les Misérables en 1845 sous le titre Les Misères. Puis il "les" a abandonné pendant quinze ans. Il les reprend en 1860, et la première partie du livre paraît le 3 avril 1862. Le 15 mai, publication des deuxièmes et troisièmes Parties du roman (immense succès populaire, la foule s'amasse dès 6 heures du matin devant les grilles des librairies). Le 30 juin paraissent les deux dernières parties.
Dans une lettre à Lacroix du 23 mars 1862, Victor Hugo écrit : Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal de mon œuvre.
Cette œuvre est bâtie en cinq parties et le récit s'organise au tour de Jean Valjean, ancien forçat, depuis sa sortie de prison en 1815 jusqu'à sa mort, en 1833, dans les bras de Cosette et de Marius. Mais autour de Jean Valjean, apparaissent aussi les destinées d'autres misérables ; Fantine, ouvrière obligée de confier Cosette, sa fille, à des inconnus, les Thénardier qui la traiteront comme un esclave. Marius, qui tombe amoureux de Cosette, et qui s'engagera sur les barricades lors de l'insurrection de 1832. Gavroche, gamin de Paris, qui sera tué, en chantant, sur une barricade.
Depuis leur parution, Les Misérables sont l'œuvre la plus célèbre et la plus lue de Victor Hugo. Jean Valjean, Cosette, Gavroche, font maintenant parti des personnages connus de chaque lycéen et lycéenne.
Les Misérables apparaissent comme ce "livre unique" dont rêvait le dix-neuvième siècle. L'ambition démesurée de Victor Hugo est explicite : " Ce livre est un drame dont le premier personnage est l'infini. L'homme est le second".
Certains ont été tentés de critiquer Les Misérables pour la faiblesse de sa psychologie et sa simplification caricaturale de la société. Force est de constater, plus de cent trente ans après sa sortie, sa vigueur et de saluer cette œuvre, qui selon Victor Hugo lui-même, visait à dénoncer la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit.
Victor Hugo qui, dans la préface des Misérables, affirme d'ailleurs la mission morale, sociale, et politique qu'il s'est fixé en créant cette épopée : "Tant qu'il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers et compliquant d'une fatalité humaine, la destinée qui est divine… tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres comme celui-ci pourront ne pas être inutiles."

Quelques jugements sur Les Misérables (1862)

Ce qui frappe justement dans cet amoncellement de misères si hardiment exposées, c'est l'impartialité qui domine, la sérénité qui y règne, la puissante intelligence qui les observe et qui sait au besoin, absoudre la cause de l'effet.
Paul de Saint-Victor, La Presse, 1862
Analyser les Misérables, je n'y songe pas. Une fois que d'eux on a dit : C'est beau ! on n'a pas assez dit encore. Il est des œuvres qu'il est impossible de raconter, tant elles nous dépassent … Malgré leur divine harmonie, Les Misérables dépassent la portée de l'œil. Il en est d'eux comme de ces montagnes qui vous écrasent et vous anéantissent par leur effrayante grandeur; devant elles, on tremble, on a peur et on s'agenouille.
Albert Glatigny, Diogène, 1862
M. Hugo n'a pas fait un traité socialiste. Il a fait une chose que nous savons par expérience beaucoup plus dangereuse… Il a mis la réforme sociale dans le roman; il lui a donné la vie qu'elle n'avait pas dans les fastidieux traités, où s'étale obscurément sa doctrine, et avec la vie, le mouvement, la couleur, la passion, le prestige, la publicité sans limites, la population à haute dose, l'expansion à tous les degrés et à tous les étages. Non seulement, il a mis le plus vigoureux talent au service de ses idées, mais il les a couvertes cette fois, pour tenter le respect des hommes, d'un manteau religieux.
Cuvillier-Fleury, Journal des Débats, 29 avril 1862

Quelques citations célèbres des Misérables

La révolution française est le plus puissant pas du genre humain depuis l'avènement du christ.
Première partie, I, 9
A voir tant de misère partout, je soupçonne que Dieu n'est pas riche. Il a des apparences, c'est vrai mais je sens la gêne.
Quatrième partie, XII, 2
Le dix-neuvième siècle est grand, mais le vingtième sera heureux.
Cinquième partie, I, 4
Gavroche n'était tombé que pour se redresser; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda de côté d'où était venu le coup et se mit à chanter
Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à …
Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé et ne remua plus.
Cette petite grande âme venait de s'envoler.
Cinquième Partie, 1, 15

Les personnages

Jean Valjean a été condamné au bagne en 1795, pour le vol d'un pain, jugement qui symbolise l'oppression qu'impose une société injuste à une population écrasée.
Mgr Bienvenu, évêque de Digne, chrétien véritable, sera l'un des premiers à aider Jean Valjean.
Fantine, ouvrière a été séduite par l'étudiant Tholomyés. Elle est obligée de confier son enfant, Cosette, aux Thénardier.
Cosette, la fille de Fantine, sera laissé en nourrice chez les Thénardier qui la maltraiteront .
La famille Thénardier, un couple de cabaretiers sordides qui exploite la "pauvre" Cosette.
Gavroche, gamin de Paris, jeté sur les pavés comme beaucoup d'autres enfants, est seul, sans amour, sans gîte, sans pain, mais joyeux car libre
Marius, étudiant, petit-fils d'un grand bourgeois, Monsieur Gillenormand, et fils d'un colonel disparu à Waterloo, découvre la misère du peuple et se rallie au socialisme. Il tombera amoureux de Cosette
Le policier Javert incarne l'intransigeance républicaine. Pas de rémission pour un ancien forçat, pas de grâce pour Valjean